jeudi 5 avril 2018

Dévasté de Julia Gfrörer (Atrabile) - N'oublie pas qu'il te faudra vivre...






Des livres, j'en lis plus que ma part.
Beaucoup, que ce soient des romans ou des bandes dessinées.
Pourtant, rares sont ceux qui, une fois la dernière page achevée, continue de résonner.
En général, une fois le livre terminé, il trouve sa place, autant physiquement que métaphoriquement, sur les rayonnage de ma bibliothèque un peu bordélique, ou rien n'est vraiment classé. Aucune hiérarchie. Le prix Nobel côtoye le mauvais genre sans gêne aucune. J'ai lu, j'ai aimé (ou pas), j'en retire parfois une forme de plaisir plus ou moins fugace, une indignation, un malaise, une chaleur bienveillante, des frissons... mais qui reste "sous contrôle".
Mais parfois, un livre ne vous lâche pas vraiment.
Vous vous surprenez à garder des images en tête, à rester comme prisonnier des mots.
J'ai connu cette sensation avec le premier roman de Leila Slimani, dans la jardin de l'ogre. Je l'avais terminé sans pouvoir définir si je l'avais aimé ou pas. Quelques jours plus tard, je pensais encore au malaise qu'il avait provoqué en moi. De la même manière, l'atmosphère si particulière de Trait de Craie de Prado me revient encore de temps en temps. Je crains même de le relire de peur de gâcher le souvenir que j'en garde.
Dévasté fait désormais partie de cette catégorie.
Il s'en dégage une telle douleur qu'il continue de résonner en moi. Je ne comptais même pas y consacrer une note après en avoir terminé la lecture. J'avais plutôt apprécié cette lecture, mais je n'imaginais pas encore qu'elle me poursuivrait.
Au cours de la lecture de Dévasté, un mot s'en imposé à moi.
Thanateux.
Je peux rattacher ce mot de manière précise, à une nouvelle de Philip K Dick issue du recueil L'homme doré (de mémoire, de la nouvelle Chaînes d'air, réseau d'Ether). Ce mot était utilisé pour décrire une femme malade et affaiblie qui entraînait le héros dans une spirale morbide. Je ne me rappelle plus des détails. Ce mot m'avait marqué.
Pourtant, il n'existe pas dans la langue française. J'imagine un néologisme inventé par la traducteur (que j'imagine être Alain Dorémieux, auteur méconnu et traducteur historique de Dick, qui prit la liberté de trahir un de ses nouvelles) basé sur un mot tout aussi imaginaire en anglais (thanateous ?)
Cela le rend particulièrement approprié pour décrire ce récit.
Parce qu'il traite d'une impossibilité.
Un mot inexistant pour décrire ce qui ne peut exister.
Cela tombe sous le sens.
Dévasté raconte une impossibilité.
Celle de vivre dans un monde mort.
Si Julia Gfrörer ne donne aucun véritable indice sur la période ou l'endroit, on peut aisément déduire que nous nous situons lors d'une des grandes épidémies de la fin du moyen-âge dans l'Europe occidentale.
Peut-être en France lors de la Grande Peste Noire du XVIème siècle.
cela n'a de toute façon aucune importance.
Ce qui importe, c'est que la mort est présente.
Derrière chaque porte.
Sous chaque lit.
Aucune famille n'est épargnée.


Plus personne ne prend la peine de refermer la fosse commune. A quoi bon ? Il faudra la rouvrir demain, sinon le jour d'après.
Ceux qui restent enterrent ceux qui sont fauchés.
Puis ils pleurent...
leurs parents...
leurs conjoints...
leurs enfants...
Agnès pleure. Elle est la dernière de la famille.


Mais la mort ne semble pas vouloir d'elle.
Elle n'est pas malade.
Comme d'autres.
Vivre n'est ni un choix, ni une décision pour Agnès. C'est juste un fait.
Elle n'est pas morte. Elle doit vivre. Mais comment vivre dans un monde qui meurt ? Comment surmonter l'impossible que représente la vie confrontée à cette mort omniprésente ?
Julia Gfrörer dessine cette douleur, cette souffrance. Elle dessine ce dilemme moral. Son dessin est habité par une forme d'urgence fragile. Traits fins, hachures qui comblent un vide insupportable. Corps suspendus et l'impression permanente que tout est sur le point de s'effondrer. Elle observe des personnages en souffrance, qui se demandent si la vie est encore possible.
Julia Gfrörer ne se hasarde pas à donner une réponse. Dans le non-dit, elle laisse entrevoir le prix à payer par ses personnages. Rien n'est clairement dit, mais le doute est-il permis ?
C'est dans cette interrogation finale que ce livre, jusque là d'une noirceur presque anesthésiante, trouve toute sa force. C'est dans ce dernier voyage vers la fosse commune que l'auteure plante la graine de ce qui rend ce livre aussi entêtant pour moi. Que se passe-t-il vraiment ? Agnès se trompe-t-elle ? Renonce-t-elle par dépit ? Par choix ?
Au lecteur de choisir.
Ce choix, ou plutôt cette absence de choix, peut vous hanter.

mardi 16 janvier 2018

Shelter Market: Mise à jour par Chantal Montellier


cette chronique a été effectuée dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio.

En 1980 Chantal Montellier publie Shelter aux Humanoïdes Associés. Dans ce récit dystopique, un groupe de personnes se retrouvent piégés dans un centre commercial souterrain suite à une explosion nucléaire. La survie s'organise. La situation semble optimale. Le centre commercial offre tout ce qui est nécessaire à la survie, depuis l'indispensable nourriture jusqu'au plus futile des divertissements. Malgré le confort exceptionnel qui en découle, le spectre du totalitarisme surgit rapidement.
Le titre "Shelter" est  une référence à la chanson des Rolling Stones Gimme Shelter (donne moi un abri). Un abri est par définition fermé, comme une cocotte minute. Si la température s'élève, la pression monte jusqu'à l'explosion. Chantal Montellier mettait en scène cette montée en pression, tout en lui adossant le insiste sur le cauchemar consumériste, qui endort les consciences. Pinochet assurait une partie de son pouvoir sur l'anesthésie provoquée par une vie facile et confortable. Rollerball de Norman Jewison décrivait une société qui avait poussé le concept de "du pain et des jeux" jusqu'à l'absurde.
En enfermant des personnes sans histoires dans un temple de la consommation, elle imaginait le pire. Cela aurait pu être une utopie. Des hommes et des femmes isolés, mais ne manquant de rien. L'organisation se met en place, prônant une juste répartition des tâches, abolissant l'argent... sans avoir à se soucier de sa subsistance et en ayant accès à toute une gamme de divertissement. la nature humaine étant ce qu'elle est, ce sera une dystopie.
Shelter avait déjà été rééditée au début des années 2000 dans une anthologie (Social Fiction) qui reprenait 2 autres récits (1996 et Wonder City) réalisés à la même période. Dans la préface cette anthologie, Jean-Pierre Dionnet insistait sur la pertinence de la vision de l'auteure. Alors que la BD de SF française de la fin des années 70 souffrait d'une idéologie contestataire parfois trop naïve (relisez Armalite 16 ou Marseil de Michel Crespin, si vous le pouvez), les livres de Chantal Montellier continuent d'interpeller. Si la forme était encore fragile, le fond l'emportait largement. Toujours selon Dionnet, Montellier n'avait pas l'habilité d'un Tardi, ni la précision esthétique du groupe Bazooka (dont elle était proche). Pourtant la force de son propos est telle que son travail reste d'une urgente actualité.
En 2017, tout ce que dénonçait Montellier dans Shelter continue de s'appliquer. Il parut évident à l'auteur de continuer de faire vivre cette histoire. Mais au lieu d'une simple réédition, elle a préféré une refonte totale qui devint ce Shelter Market: une véritable recréation du livre d'origine. Sans doute éprouvait-elle trop de remords face à certaines maladresses de Shelter. La matière était bien présente. L'auteure faisait même preuve d'une clairvoyance inquiétante puisque ce qu'elle y anticipait continue de nous inquiéter 40 ans plus tard. Elle a entièrement repris le dessin, rajouté une trentaine de planches et modifié la fin, moins elliptique et beaucoup plus désabusée que dans l'original. Par curiosité, j'ai comparé avec le livre original. La base du dessin reste assez semblable, même si on constate l'évolution du trait de Montellier. Certaines planches, mêmes redessinées, restent quasiment identiques dans leur structure. Les textes ne sont que très légèrement modifiés.



C'est dans l'habillage que le travail de recréation de Montellier est le plus intéressant. J'ai toujours eu l'impression d'une auteure en marge de la production habituelle, qui a évolué à contre-courant de la production habituelle de la bande dessinée. Dans Shelter Market, elle emprunte beaucoup au street art, façon Banksy, en multipliant les "collages" de motifs qui évoquent les pochoirs de l'artiste. Elle utilise abondamment le motif de McRon, avatar à peine modifié de Ronald McDonald, dont les injonctions "Be Happy!" traversent le livre, comme une menace sourde. Ces injonctions étaient déjà présentes dans le livre original, mais de manière moins ostentatoire. Le rapport à l'image a changé. Le recours aux codes de street art s'intègre parfaitement dans l'ensemble.



Il est par contre édifiant de constater qu'un passage dans lequel l'héroïne veut porter plainte pour viol reste toujours aussi révoltant. Il démontre à quel point les mentalités n'ont pas changé. Dans cette scène, nous assistons à l'habituelle culpabilisation de la victime conjuguée à l'indulgence envers les agresseurs (mécanisme qui sera capturé sur le vif par Raymond Depardon dans Faits Divers quelques années plus tard) et qui reste malheureusement bien d'actualité en 2018.
Chantal Montellier avait vu juste en 1980.
En 2018, rien ne lui a donné tort.
Au contraire.
Au delà de la curiosité de découvrir un livre qui est une "mise à jour" d'un ancien titre par l'auteur lui-même, Shelter Market est avant tout un très bon livre qui questionne plus que jamais notre société.

lundi 18 décembre 2017

Quelques découvertes 2017

Une fois n'est pas coutume, je me lance dans le post marronier de fin d'année: les livres de l'année.
Comme d'habitude, je n'ai pas lu beaucoup de bandes dessinée cette année et sans doute peu de bestsellers, hormis l'une ou l'autre madeleine que j'ai du mal à lâcher (à commencer par Thorgal, Walking Dead et dans un réflexe quasi morbide Largo Winch).
Il est donc évident que sur quelques milliers de sorties de l'année je n'en ai lu qu'une infime partie et que j'ai probablement raté quelques perles que je rattraperai au fur et à mesure des mois et années qui viennent. Les listes d'indispensables, palmarès et sélections en tous genres fleurissent en cette saison. Au lieu d'y voir autant de tentatives de constituer LA liste officielle et exhaustive de l'année écoulée, contentons nous  d'y voir autant d'invitations à la découverte. La liste qui suit n'a pas d'autre prétention.




Etunwan, celui qui regarde: J'admets que, même en comptant large, ce livre date de 2016. Mais il a été honoré lors de la Fête de la Bande Dessinée à Bruxelles en septembre. C'est à cette occasion que je l'ai découvert et je décide donc unilatéralement de l'inclure. Ce roman graphique, signé Thierry Murat, livre relate la vie d'un photographe (fictif) qui, lors d'une expedition scientifique, découvrit la culture indienne. C'est en 1867 que Joseph Wallace, photographe qui mène une petite vie bourgeoise à Pittsburgh, rejoint l'expédition scientifique du docteur Walter. Il s'agit de cartographier les vastes zones inexplorées avant que le chemin de fer ne relie les 2 côtes. Wallace y rencontre la culture indienne. Il multiplie les clichés et commence à se sentir témoin d'un monde qui ne va pas tarder à disparaître face à l'avance de la civilisation. Thierry Murat réussit un très beau livre qui explorent de nombreuses questions autour du sens de l'image, de la difficulté de capturer la réalité au lieu d'un simulacre, du rôle de témoin qu'endosse le photographe, conscient qu'il documente une réalité vouée à disparaître. Le propos est riche et passionnant. Le relatif anonymat qui a accompagné ce livre n'est en que plus dommage.

Paysage après la bataille: autre petit arrangement avec le calendrier, ce livre date également de 2016 mais je l'ai découvert grâce à son Fauve d'Or angoumoisin. Cette brique révèle une histoire toute en atmosphères traitant du deuil et de l'absence. Il s'en dégage une certaine poésie. L'ensemble est très cinématographique, entre lent travelling, longs plans séquences. Il s'agit du type de livre qui réclamerait presque une bande originale pour en renforcer les ambiances. J'imagine quelques compo de Nick Cave et Warren Ellis, de dépouillé et hypnotisant.







Epiphania: Ludovic Debeurme fait partie de ces auteurs à l'univers très particulier et assez unique. On pense à Burns, à Clowes, à David Lynch, à Topor... et pourtant, Debeurme n'est pas qu'une somme d'influences (supposées et avérées). Découvert dans le monde alternatif, il avait déjà signé quelques titres chez Futuropolis. Il se retrouve désormais Casterman. Il n'a pourtant pas vraiment essayé d'être plus fédérateur avec le premier tome de cette trilogie qui traite de paternité, de différence et de la difficulté de trouver sa place. C'est barré et étrangement émouvant. je doute que cela casse la baraque en terme de ventes, mais c'est franchement réussi








Winter road: un titre de Jeff Lemire paru d'abord en français avant d'être dispo en anglais sous le titre de Roughneck (qu'on pourrait traduire par le "vaurien"). Lemire alterne scénarios pour l'univers Marvel, très calibré (Old Man Logan, X-Men), série grand public (Descender, Black Hammer) et titres plus intimistes dans lesquels il assure dessin et scénario. Dans ce récit qui renoue avec la veine de Essex County,  il s'intéresse à un frère et une soeur en perdition. Lui est un ancien joueur de hockey qui a ruiné sa carrière à force de bagarres et d'incidents. Il est depuis un alcoolique  bagarreur qui bénéficie de la sympathie de quelques proches pour éviter la prison. Elle a fui la maison familiale des années auparavant et a sombré dans la drogue. Leurs retrouvailles seront délicates. Lemire est en terrain connu. Ce n'est sans doute pas son meilleur livre, mais un bon livre par un auteur au sommet de son art ne se refusde pas, même s'il a déjà été plus inspiré.




Le livre: il n'y a pas grand chose à dire sur ce livre dans lequel l'argentin Nicola Arispe propose une relecture graphique de sept épisodes de l’Ancien Testament : la création du monde par Dieu, le sacrifice d’Abraham, la venue de l’Ange vengeur, les doutes de Job, les lamentations de Jérémie, la prophétie d’Ezéchiel et la punition de Jonas. Il opte pour une vision "désaxée" de ces récits, les interprétant souvent dans un environnement semi-animalier et fantasmagorique, sans toucher au texte initial. L'ensemble est un bel objet poétique qui invite à la contemplation, non sans parfois rappeler Moebius.






La Fissure: un reportage sur les frontières de l'Europe et la fissure béante qui se creuse en son sein. Les auteurs voyagent d'une frontière à l'autre. Au sud, là où des vagues de réfugiés tentent de rejoindre l'Europe. Puis au nord, vers l'ex URSS, où l'ombre de Poutine fait planer un étrange sentiment d'insécurité. Le propos est engagé sans être moralisateur. Il se veut un constat qui prend le parti d'aller voir là où personne ne va regarder. Les réfugiés y sont montrés comme autre chose qu'une statistique. Les journalistes ont été voir les conditions d'accueil dans les camps européens. Il n'est pas nécessaire d'en rajouter pour se demander comment l'Europe peut tolérer ce qui s'y passe avec son consentement tacite. Aux frontières de la Russie, nous découvrons toute une zone d'instabilité politique qui pourrait faire tâche d'huile et impacter toute l'Europe, sans que nous nous e soucions vraiment. C'est si loin de chez nous... en quoi cela nous concernerait ? Cette fissure dont pare le titre, c'est celle qi naît des tensions contradictoires qui traversent l'Europe et que nous choisissons de ne pas voir. Si vous voulez continuer de vous voilez la face, si vous préférez voir les réfugiés comme, au mieux, une statistique désagréable, au pire comme une invasion hostile face à laquelle nous devons résister par tous les moyens, si vous pensez que nous sommes dans la "forteresse Europe", protégé des troubles qui agitent les frontières du nord, ce livre n'est pas pour vous.
Il faut également noter que les auteurs ont composé leur livre à partir de photos qu'ils ont retravaillé pour leur donner un rendu très particulier, écrasant la profondeur de la photo pour se rapprocher d'un rendu "dessiné". Le résultat est esthétiquement superbe.








Tu sais ce qu'on raconte: elle court, elle court, la rumeur... Une petite ville de province se réveille avec une drôle de rumeur qui passe de bouche à oreille. On aurait aperçu le fils Gaborit. La machine s'emballe. Mais qui est le fils Gaborit ? Qu'a-t-il fait ? Tout le livre est basé sur un jeu narratif très réussi. Le récit apparaît comme un long monologue passant de personnage en personnage. La rumeur passe d'un anonyme à un autre, jusqu'à ce que... Drôle et inventif.















La terre des fils: Gipi fait partie des meilleurs auteurs actuels. Avec ce livre, il propose une fable post-apocalyptique entre La Route de Cormac McCarthy et Sa majesté des Mouches de William Golding. D'une écriture sèche et d'un graphisme très épuré, ce livre s'impose pour moi comme l'un des meilleurs livres de Gipi et l'un d'un meilleurs titres de cette année.













Les contes du suicidé: Il s'agit d'une anthologie de de recits adaptés de l'auteur uruguayen Horacio Quiroga. A chaque récit, Lucas Nine adapte son style pour mieux traduire le ton particulier de caque nouvelle. J'y ai retrouvé le plaisir que je ressentais dans les recueils d'adaptations fantastiques de Dino Battaglia. Ambiance vénéneuse, graphisme élégant. Classique mais très efficace.











Black dog: Ce travail de commande réalisé par Dave McKean explore la psyché de Paul Nash,  peintre officiel de l'armée anglaise pendant les 2 guerres mondiale. Loin d'être un panégyrique de son sujet, Paul Nash n'ayant par exemple pas approché un champ de bataille pendant 14-18, bénéficiant d'une blessure opportune qui le tint éloigné du front, ce récit très onirique se veut avant tout une longue réflection sur la prise de conscience du pouvoir de l'artiste, ou plutôt de sa place par rapport à la représentation de l'horreur. Dave McKean livre un travail visuel formidable, même si son propos est parfois nébuleux.








Levants: Nicolas Presl fait partie de mes  auteurs préférés. Chaque livre est directement reconnaissable en raison de  son style si particulier. Cela fait déjà 8 livres qu'il propose d'ambitieux récits muets. A la fin de chaque livre, je me demande comment il réussira à se réinventer pour sa création suivante. Il y arrive encore avec ce récit-gigogne qui, à travers la relation compliquée entre un marchand ambulant et une femme seule dans un pays arabe, il propose une réflexion poétique sur la condition de la femme à travers le destin de son héroïne, victime de la violence des hommes. Les images de Nicolas Presl sont belles et envoûtantes. Mais elles n'oublient pas de faire sens. Sous le symbolisme exotique, la réalité est décrite avec beaucoup d'acuité. Un grand livre de plus pour cet auteur.





Premiers Pas: livre étonnant qui relate l'histoire de Ham, premier primate à aller dans l'espace. Visuellement superbe, je dois reconnaître qu'il y a débat sur le propos que nous sommes plusieurs à interpréter différemment.

















Je suis Shingo: Kazuo Umezu raconte une étrange histoire, tout en non-dits. Satoru est un enfant turbulent, peu intéressé par l'école. Lorsque l'usine locale, dans laquelle travaille son père, annonce l'acquisition de 2 robots, il est complètement excité, surtout que son père travaillera avec eux, et que l'école va organiser une visite scolaire de l'usine pour présenter les robots. Satoru sera vite déçu. Loin d'être un robot humanoïde comme ceux qu'il voit dans les dessins animés,  "Monroe" n'est qu'un bras articulé. Et son père le perçoit comme une menace pour son emploi. Par contre, pendant la visite, Satoru rencontre Marine une fille de son âge avec qui il entame une amitié très fusionnelle. Et Satoru continue malgré tout de penser à Monroe, et pour aider son père, commence à le programmer. Comme souvent chez Umezu, l'apparente normalité d'une situation recèle quelque chose d'étrange et d'inquiétant. Le lecteur est maintenu sur le fil. Nous avons l'impression d'être au seuil de la catastrophe malgré des personnages et des situations qui devraient être rassurantes. La suite nous dira ce qu'Umezu a en tête.





Bitch Planet: un brulot féministe qui ne s'emarasse pas de nuances, mais pourquoi faudrait-il toujours prendre des gants ? Bitch Planet est une série rentre-dedans, qui emprunte beaucoup à la culture du cinéma d'exploitation (série Z, sous section prison de femmes), sans tomber dans la piège de la surenchère putassière. C'est trash, mais c'est bon.



















Descender: Jeff Lemire (encore lui) cette fois aux commandes d'une série de SF très classique. Planètes exotiques, enfant-robot, chasseurs de prime, complot intergalactique... rien de neuf sous les étoiles. Et pourtant une vraie réussite du genre parce que le scénario de Jeff Lemire n'oublie as de proposer des personnages fouillés et attachants et parce que le dessin de Dustin NGuyen, aux antipodes des codes habituels de ce genre, fonctionne très bien.









Black Hammer: Jeff Lemire (non, je ne fais pas une fixette) qui scénarise cette fois une série d'inspiration super-héroïque, dessinée par Dean Ormston. Des héros inspirés de personnages connus (Captain Marvel, Swamp Thing, J'onn J'onzz...) sont projetés dans une réalité alternative lors de leur combat contre leur némésis. Ils aboutissent dans une petite ville nord-américaine (qui rappelle celles que Jeff Lemire aime mettre e scène dans les récits intimistes qu'il réalise en solo, comme Essex County). Certains semblent se satisfaire de la situation alors que d'autres veulent trouver le moyen de rentrer chez eux, à Spiral City. Mas il faut avant tout ne pas se faire remarquer. Black Hammer se présente comme un mélange inattendu entre récit intimiste plutôt nostalgique et personnages super-héroïques. Par certains aspects, on pourrait penser à Alan Moore (quelque part entre Watchmen et Supreme, mais, évidement un ton en dessous).




mardi 12 décembre 2017

Chanson Douce, de Leila Slimani




Le titre évoque la chaleur d'un foyer, la tendresse entre un parent et son enfant.
Nous pensons inconsciemment à la chanson d'Henri Salvador.
Le bébé est mort.
Un première phrase comme un coup de couteau.
L'argument de ce roman de Leïla Slimani est connu.
Une nounou tue les enfants dont elle a la garde.
Comment en sommes-nous arrivé là ?
C'est ce que l'auteure nous raconte.
Elle nous présente Myriam et Paul, jeune couple parisien. Il est ingénieur du son. Elle est avocate, mais n'a jamais exercé. Elle a obtenu son diplôme quelques jours avant de donner naissance à Milla, leur premier enfant.
Puis vint Adam.
Myriam se rêvait mère épanouie et working girl.
Elle dépérit, coincée dans une maternité qui lui donne l'impression de disparaître. Jusqu'à ce qu'elle ait l'opportunité de se faire engager par un ami. Elle veut travailler.
Il faut trouver une nounou.
Ce sera Louise, une femme discrète et effacée, chaudement recommandée par ses anciens employeurs. Ils auraient presque fait un enfant de plus pour pouvoir la garder, disent-ils.
Dès les premiers jours, Louise est adoptée par les enfants.
Elle s'installe dans la vie de ce couple.
Elle devient indispensable.
Et pourtant, au fil des pages, il est difficile de ne pas voir les failles qui se creusent.
Beaucoup parlent de ce livre en y insistant sur la folie qui progresse en Louise.
J'y vois surtout une livre politique qui déconstruit une image sociale et critique la position de la femme dans la société.
Ce livre, c'est presqu'autant l'histoire de Louise que celle de Myriam.
Myriam, d'origine maghrébine, qui, lorsqu'elle pousse la porte d'une agence de garde d'enfant, est considérée par défaut comme venant proposer sa candidature comme nounou et pas comme une mère qui veut en engager une.
Myriam qui doit céder à l'injonction d'une maternité heureuse et épanouissante alors qu'elle veut autre chose.
Mais Myriam est une capitaliste comme les autres.
Dans les relations qu'elle et Paul tissent avec Louise, derrière cette bienveillance, cette familiarité qui leur font parler de "leur nounou" comme s'il s'agissait d'un objet, nous sentons une forme de violence sociale qui s'inscrit. Une barrière invisible qui fait de Louise un membre de la famille, qu'on exhibe et qu'on flatte comme une bête de foire.
Notre Louise est une perle, tout le monde nous l'envie.
Louise qui s'occupe de tout, qui cuisine pour les invités et que l'on convie parfois à se joindre à eux.
Louise qui reste parfois la nuit pour permettre aux parents de sortir sans crainte.
Louise qui se dilue lentement au sein de cette famille, remplit les vides. Elle n'existe plus que par sa fonction.
Elle est la nounou.
Et elle récolte le mépris un peu paternaliste de ses patrons.
Une des scènes les plus intrigantes se passe lors de vacances "en famille". Louise ne sait pas nager. Paul se met en tête de lui apprendre et découvre un peu malgré lui que cette femme discrète et austère possède un corps qui peut être désirable. Cela ne dure que quelques phrases, mais elles accentuent un rapport aliénant entre le couple et la nounou. Elle n'est pas une personne. Elle n'est qu'une employée. Un objet asexué et utile.
Cette aliénation rentre en résonance avec la folie latente de Louise.
Cette folie, cause ou conséquence d'une vie marquée par l'humiliation.
Ainsi l'un des derniers chapitres, l'un des rares consacré à la fille de Louise, parfois citée mais grande absente de ce livre.
Louise évoque parfois le Stevens des Vestiges du Jour. Ce majordome impeccable tellement obnubilé par sa mission qu'il en devient aveugle à ce qui se déroule sous ses yeux.


Stevens en nourrira (peut-être) quelques regrets sur le tard.
Pour Louise, ce sera très différent.

Une chanson douce est un très grand  livre, qui confirme tout le bien que j'avais pensé de Dans le jardin de l'ogre. Mais un livre violent et dérangeant qui peut choquer, il faut en être conscient.

jeudi 9 novembre 2017

[Masse Critique Babelio] Swastika Night de Katharine Burdekin

 



Nous sommes plus de 700 ans après le triomphe de l'Allemagne Nazie.
Le monde tel que nous le connaissons a complètement disparu. Une nouvelle ère s'est installée.
L'empire Nazi a pris soin de faire disparaître toute trace du monde d'avant.
Désormais, le nazisme est devenu une religion qui vénère le dieu tonnerre et son messie, Hitler.
Hitler, géant aryen, blond aux yeux bleu, qui n'est pas né d'une femme, mais "explosé".
Dans le monde nazi, le culte d'Hitler se perpétue grâce au Führer et à ces chevaliers, les bien-nés.
Les juifs ont depuis longtemps disparu. Les chrétiens sont considérés comme moins que des hommes et à peine toléré. Les femmes, quant à elles, sont reléguées au rang de simple reproductrice, parquée dans des fermes où elles ne servent qu'à enfanter, si possible un maximum de garçons.
Swastika Night est une uchronie de plus.
Et si les nazis avaient gagné la guerre ?
Combien de romans, plus ou moins inspirés, ont brodés sur ce point de départ ?
Beaucoup.
Trop, sans doute.
L'originalité de Swastika Night tient à sa date de parution: 1937. Hitler venait d'obtenir les pleins pouvoirs au Reichstag.
Katharine Burdekin, écrivain féministe, s'inspire de l'idée d'un Reich de 1000 ans énoncé par Hitler pour imaginer le pire.
Publié à l'origine sous le pseudonyme de Murray Constantine, ce roman fut longtemps oublié avant d'être redécouvert en 1985, lorsqu'il fut réédité sous le nom de Katharine Burdekin. Il aura fallut 80 ans pour qu'il soit enfin traduit en français.
La lucidité glaçante dont l'auteur, qui a écrit plusieurs romans de fiction spéculatives marquées par des thèmes sociaux et féministes, fait preuve est impressionnante. Toutes ses "prédictions" restent étrangement crédible. Elle imagine l'éradication totale des juifs, avant que la Solution Finale ne soit finalement mise en oeuvre. Elle décrit une réécriture totale de l'histoire passant par la destruction de tous livres antérieurs au Reich. Les autodafés étaient déjà nombreux à l'époque. Quant au sort des femmes, elle ne fait que s'inspirer des Lebensborns en poussant le concept jusqu'à l'absurde, faisant au passage de la Servante Écarlate une bluette.
Derrière l'outrance assumée de sa dystopie, je ne peux m'empêcher de frissonner. Katharine Burdekin avait compris dans quelle spirale de folie meurtrière Hitler allait plonger le monde. Elle avait entendu les bruits de bottes. Elle n'était sans doute pas la seule. Et pourtant...
Pour excessif que soit le propos, l'histoire ne l'a pas fondamentalement démentie. La folie d'Hitler allait dans une direction qui pouvait déboucher sur le monde qu'elle décrit dans son roman.
Cela dit, au delà de la curiosité, ce roman n'est pas vraiment  le chef d'oeuvre qu'on essaye de nous vendre. Le roman se perd parfois dans des longues discussion pseudo-philosophiques qui alourdissent le propos. On sent la volonté de l'auteur de convaincre, d'intellectualiser son propos, d'étayer ses thèses. Swastika Night n'était pas prévu pour être un jeu littéraire sans conséquence. C'était une arme littéraire, qui voulait convaincre plus que divertir. Historiquement, le propos est passionnant. Pour le simple amateur, ce roman est intéressant mais jamais vraiment passionnant. Il mérite d'être découvert pour son intérêt historique mais il n'est pas d'une qualité exceptionnelle d'un point de vue purement littéraire. A vous de voir ce que vous recherchez avant de vous attaquer à Swastika Night.

lundi 6 novembre 2017

[Masse Critique Babelio] Tango #1: Un Océan de Pierre (Matz/Xavier)




Je remercie tout d'abord Babelio de m'avoir sélectionné pour cette opération Masse Critique.
je vais être honnête, Tango n'est pas le genre de bande dessinée que j'affectionne habituellement. Mais j'étais curieux de lire un scénario de Matz, que je ne connais que de réputation, et le dessin de Xavier me semblait solide.
Tango est le premier tome d'une série sur laquelle Le Lombard semble miser beaucoup.
Sur le papier, elle a en effet des arguments à faire valoir. Malheureusement, elle manque sérieusement de modernité.
La lecture est plutôt agréable. On ne s'ennuie jamais. La mise en place est réussie et les péripéties sont bien dosées, en tout cas dans les 2 premiers tiers de l'album. La conclusion laisse ensuite sérieusement à désirer. En cause, la nature même de ce tome 1, qui n'est qu'un pilote pour lancer la série. L'intrigue principale ne sert donc que de prétexte à mettre en place les protagonistes pour la suite. Il faut accepter quelques facilités pour faire rentrer dans une soixantaine de planches tout ce qui y rentrer. je pense d'ailleurs que l'éditeur aurait dû privilégier un diptyque, quitte à proposer des sorties rapprochées, plutôt qu'un seul album qui expédie de manière trop expéditive son dernier acte.
Le héros de cette série se fait appeler John Tango. Cela fait 4 ans qu'il s'est installé dans le cordillère des Andes. Il recherche la discrétion. Il s'est fait accepter par les habitants de la région, rendant quelques services et traînant son charme de gringo mystérieux. Il est un jour amené à secourir un voisin agressé par des truands. Sans le savoir, Tango vient de mettre un terme à sa tranquillité et les ennuis commencent.
Le canevas est hyper-classique. Il est évident que Tango a des choses à cacher. Ce tome s'emploiera a nous dévoiler qui il est réellement. Malheureusement, le principal défaut de cet album est que les origines du personnage sonnent faux. Il est probable que les auteurs aient conservé une carte dans leur manche pour expliquer certaines capacités de Tango. Mais même ainsi les explications données dans ce tome paraissent trop faibles.
Graphiquement, Xavier s'inscrit dans une tradition réaliste franco-belge. Son style est passe-partout mais efficace et bien employé dans ce contexte.


Clairement cette série se positionne dans la niche des série d'actions très formatées, pour amateur de Largo Winch, Alpha, XIII ou IR$. Ce premier album à de quoi intéresser les amateurs. Il ne fait pas l'impasse sur les jolies filles qui finissent à poil alors que l'intrigue ne le nécessite pas vraiment. Je doute d'ailleurs que Tango obtienne un résultat satisfaisant au test de Bechdel. Le public-cible doit de toute façon s'en foutre. Tango se présente comme une série classique, à l'ancienne, avec des arguments à faire valoir, à condition de donner plus d'épaisseur à son personnage principal, qui en manque singulièrement.
Mais ce sera sans moi. Ce n'est pas ma came.

mercredi 18 octobre 2017

La Vie Sauvage, de Thomas Gunzig





C'est chronique a été réalisée dans le cadre de l'opération "masse critique" de Babelio.
Thomas Gunzig, qui se définit lui-même comme un pessimiste qui aime la vie, fait partie de ces touche-à-tout qu'on croise régulièrement dans le monde culturel belge.
Tout d'abord romancier (Mort d'un parfait bilingue, Manuel de survie à l'usage des incapables), il a également signé plusieurs pièces de théâtre (L’héroïsme aux temps de la grippe aviaire, Contes Héroïco-Urbains) et s'est imposé comme l'une des signatures de la Matinale de la Première avec sa chronique Café Serré. Il est aussi un collaborateur de Jaco van Dormael avec qui il a coécrit son dernier film, Le tout nouveau testament, ainsi que son spectacle Kiss & Cry.
Son humour volontiers caustique conjugué à un certain esprit poétique ait souvent mouche.

Kiss & Cry, la "nanodanse" corégraphiée Michèle-Anne De Mey

Dans ce roman, il imagine une fable cruelle et féroce. Son véhicule littéraire est Charles, un "enfant sauvage" qui découvre la civilisation. Charles est le seul survivant du crash d'un avion de ligne au dessus de l'Afrique. Il n'était alors qu'un bébé. Sa chance fut qu'un groupe de rebelles itinérants, pas vraiment engagé dans une cause ou une autre, si ce n'est celle de leur propre survie, fut témoin du crash. Ils étaient en train de récupérer tout ce qu'il y avait à récupérer lorsqu'ils découvrir ce bébé, miraculeusement indemne. Charles a donc grandi dans cette troupe nomade.
Il faudra un concours de circonstances qui inclut une google-car, 90.425 likes, 80.763 partages et un journaliste de troisième zone pour que Charles, devenu adolescent, soit identifié et rapatrié. Tout cela est expédié en quelques pages. la Vie Sauvage n'est pas une relecture belge des aventures de Tarzan. Charles est un révélateur qui permet à Gunzig de s'attaquer à son sujet de prédilection: une critique de l'absurdité de notre monde moderne.
Il imagine donc une ville de taille moyenne du Brabant, avec son bourgmestre, petit potentat de province confit de son importance (très) locale. Il lui adjoint une famille d'une désespérante normalité: une femme et 2 enfants. Son épouse, femme trophée strictement décorative, n'existe que dans son ombre mais se s'estime d'une importance démesurée par son seul statut de femme de... Quant à ses deux enfants, il s'y intéresse à peine. Aurore est une de ces adolescentes déjà broyée par un environnement familial étouffant et le poids de ne pas être à la hauteur des espérances de sa mère. Frédéric est un adolescent mal à l'aise, friand de vidéos immondes dénichées sur le dark web, branleur au sens littéral du terme et semble être un bon candidat pour un remake brabançon de Bowling for Columbine.
Enfin il y a l'école, toute en clichés.
Il y a les cools et les losers, la tyrannie des réseaux sociaux, les soirées semi-clandestines lorsque les parents sont absents...
Charles, tout auréolé de son histoire, est d'emblée adopté par les cools. Cette intégration découle toute autant de la bonne conscience, du parfum d'exotisme et de mystère que dégage Charles mais aussi du fait que Charles est mignon. Il se montre aussi étrangement mûr et cultivé. Il a en effet bénéficié de l'éducation stricte de son père adoptif, grand amateur de littérature, qu'il l'a initié à la poésie et à la philosophie.
Il ne faut pas chercher la vraisemblance à tout prix. Gunzig tisse une fable cynique et acide. Il introduit le ver dans le fruit et laisse transparaître la sauvagerie sous-jacente. Parce que la vie sauvage dont il est question dans le titre n'est pas nécessairement celle que l'on croit. Cela permet à Gunzig de composer quelques pages très drôle. Je pense par exemple à celles où Charles imagine la vie future et morne de Jessica, une de ses camarades de classe, où lorsqu'il dissèque la vie de sa tante, toute en superficialité. Il faut accepter au départ la facilité avec laquelle Charles s'intègre et sa maturité étonnante face à l'immaturité totale des autres personnages. Il faut accepter qu'il s'agit d'une satire acerbe et on peut dès lors se laisser porter. L'ironie mordante de Gunzig fait alors mouche. La sauvagerie feutrée des villas non-mitoyennes et des salles de classe apparaît clairement. Et ce pessimiste qui aime la vie qu'est Gunzig ose même une histoire d'amour et finit par exprimer ce qui ressemble à de l'optimisme et à une once d'espoir en ce qui concerne la jeunesse.